Petit déjeuner 3 avril 2014 – Elisabeth Lamure

Le Club de l’OURS a reçu Jeudi 3 avril 2014
Elisabeth Lamure
Sénateur du Rhône – Maire de Gleizé
Présidente de l’association des maires du Rhône
sur le thème :
« Le QATAR, toute une histoire… »

Comment un petit territoire sans histoire, peut-il devenir rapidement toute une histoire ?

Avec ses 11000km2 et ses 2 millions d’habitants, cette péninsule – émirat a subi pendant des millénaires l’influence et la domination de l’empire perse, portugais,  ottoman,  britannique, alors qu’ici vivaient des tribus nomades et des pêcheurs depuis 4 000 ans.

Le Qatar a fait une fulgurante entrée dans le futur au XXème siècle, passant en quelques décennies de l’ère des huîtres perlières  à celle du pétrole, conduisant le pays vers une insolente prospérité.

Mais le développement rapide du Qatar ne lui a  pas fait oublier les années noires qui ont suivi le désamour des perles du golfe, au profit des nouvelles japonaises. Et ce souvenir cuisant, sur fond de famine, n’est peut-être pas étranger à la politique de multi-investissements dans le monde entier, que poursuit le Qatar du 3ème millénaire.

C’est en 2010 que le monde écarquillait les yeux en découvrant qu’un si petit coin de terre, presque inconnu, s’affichait le pays le plus riche du monde.

Dès lors, le Qatar est sorti de l’anonymat pour entrer dans la cour des grands, grâce à ses immenses richesses pétrolières et gazières.

Car c’est par le pétrole que tout est arrivé. Au moment où la première concession pétrolière entame sa production, éclate la deuxième guerre mondiale. C’est en février 1949 que la grande aventure du pétrole peut véritablement commencer : la première cargaison destinée à l’exportation quitte le pays.

Dans les années soixante, le Cheikh Khalifa Bin Hamad Al Thani, prince héritier, se voit confier une part de plus en plus grande dans la direction du pays, et en 1970, le Qatar opte pour l’indépendance, il se dote d’une constitution dont la monarchie héréditaire est le système de gouvernement, la religion officielle est l’Islam, la Charia est la principale source du droit.

De son indépendance toute neuve, le Qatar ne tarde pas à faire une réalité économique : grâce au pétrole, il devient rapidement très riche.

L’urbanisation de Doha, la construction d’un port moderne, le développement industriel, transforment le pays, tandis que la main-d’œuvre étrangère afflue, du monde arabe puis de l’Asie. La société qatarie se trouve soudainement confrontée à la modernité importée de l’Occident.
Pourtant, le développement rapide du pays n’a pas remis en cause les fondements religieux et traditionnels d’une société que la richesse protège.

En 2014, l’image du Qatar se concentre sur son économie et ses investissements.

Certes, les chiffres font rêver : 0,5 % de chômeurs, une croissance de 20%, et surtout un émirat excessivement riche, durablement, grâce à ses immenses réserves de gaz naturel.

Comparativement à sa taille, le Qatar est un géant économique, devenu une puissance financière, qui a intelligemment pris conscience de la fragilité d’une économie de rente, dépendante du marché mondial des hydrocarbures, et s’est ainsi orienté vers les investissements à l’étranger : secteur bancaire, industriel, immobilier, auxquels s’ajoute une stratégie d’achat de terres arables dans plusieurs continents afin d’assurer à long terme son indépendance alimentaire.

Le Qatar a opté pour le soft power, et développe sa stratégie dans le domaine culturel, sportif, relationnel.

L’émir Tamin, qui vient d’accéder au pouvoir est, à 33 ans, le plus jeune chef d’état arabe. Francophile, il est très impliqué dans le sport, et encourage une politique culturelle et éducative.

Les projets éducatifs sont portés par sa propre mère, la Cheikha Mozah, l’une des femmes les plus influentes du monde arabe, et véritable vitrine du Qatar à l’international. Elle dirige la puissante Fondation du Qatar, qui multiplie les investissements dans l’éducation et l’enseignement. La création d’Education City symbolise cette politique éducative, avec l’arrivée de nombreuses universités, en particulier américaines, et l’objectif d’attirer des cerveaux.

La cheville ouvrière de la politique culturelle est la sœur de l’émir, que l’on peut qualifier de femme la plus puissante sur la scène culturelle internationale. En 2012, le Qatar fut le plus grand acheteur mondial d’art contemporain, des œuvres qui trouveront place dans le musée national du Qatar dont la construction, inspirée par la rose des sables, a été confiée à Jean Nouvel.

Le chemin parcouru par le Qatar en 50 ans est impressionnant. La situation du pays est restée stable pendant le printemps arabe.

Cela ne veut pas dire que le pays ne connaît pas de fragilités : la situation problématique des migrants, les problèmes environnementaux, et une partie de la société restée très conservatrice.

Le nouvel émir est attendu sur la voie d’un changement en douceur, et qui devra garder un pays ouvert sur le monde, s’il ne veut pas n’être qu’un nain géographique.

Elisabeth Lamure

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